Le grand vide sur lequel Scajola mise

2 Mai

Cinq jours plus tard, et après l’invitation de Berlusconi à se défendre « le couteau entre les dents », l’autodéfense de Claudio Scajola est arrivée, par le biais de cette longue interview au quotidien Il Giornale.
Je l’ai lue deux fois, et ça en vaut la peine. Car la thèse du ministre est géniale. En gros, il dit ce qui suit : Moi, je croyais que la maison coûtait 610.000 euros. Je n’ai jamais su qu’elle coûtait plus que cela. Si quelqu’un a versé aux vendeuses 900.000 de plus, il ou elle l’a fait sans me le dire.

En d’autres mots, en 2004 il aurait acheté un appartement de presque 200 mètres carrés en face du Colisée en étant convaincu qu’il coûtait 610.000 euros : ni les propriétaires de ce bien immeuble, ni le notaire, ni les autres lui auraient dit le prix véritable de la maison, un million et demi d’euros.

Entendons-nous, cette thèse de défense était la seule possible, après ce qui a fait surface au cours des derniers jours, y compris les traces des chèques et les témoignages des deux vendeuses. En l’assumant, Scajola cherche à renverser la table : maintenant, quelqu’un doit démontrer que je savais, c’est votre parole contre la mienne.

Toutefois l’explication du ministre est tellement illogique et invraisemblable qu’elle fait sourire : il ignorerait à tel point le marché immobilier à Rome (lui, un ministre économique !) qu’il penserait pouvoir vraiment acheter 200 mètres carrés au Colisée au prix d’un T3 au quartier Fleming ; la partie vendeuse et le notaire lui auraient soigneusement caché la vérité ; l’entrepreneur Anemone y aurait mis 900.000 euros en plus sans même en informer son bénéficiaire (mais alors, pourquoi il lui aurait fait cadeau de cet argent, si ce n’est pour s’acheter sa gratitude ou pour payer des vieilles dettes ?).

Aux Etats-Unis – mais sans doute en Inde aussi – une thèse de défense si ridicule mènerait aux démissions une seconde après, sous les huées du peuple : car non seulement il a reçu d’un entrepreneur une avalanche d’argent, mais il nous a également tous pris pour des crétins complets.

Scajola, au contraire, a essayé le coup, et probablement il se tirera d’affaire aussi. Car son chef lui a appris qu’ici, chez nous, il n’y a pas d’opinion publique, par conséquent il n’y aura aucune réaction, ou presque. Lui, il continuera de soutenir sa thèse absurde, comme si elle était vraisemblable, et il continuera d’être ministre.

S’il nous a pris pour des crétins, c’est que nous le sommes peut-être.

Alessandro Gilioli sur Piovono rane, le 1er mai 2010. Traduit par Extraduzione.

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