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Chez Libero on ne connaît pas la géographie

2 Juin

Et de toute évidence personne ne vérifie ce que les rédacteurs écrivent. Car à Ankara, il n’y a pas de port.

(Wikipedia)

Ou bien tout le monde est ignorant, chez Libero.

Mise à jour: ils ont corrigé. Trop tard, j’ai les preuves : >

Maria Luisa Busi : « Ce sont les temps de la pensée unique »

21 Mai

La présentatrice italienne quitte le JT de RAI 1

ROME – « Pour un journaliste, il n’y a qu’un seul moyen pour défendre ses convictions professionnelles : enlever sa signature à un article. Un présentateur, une présentatrice, ne peuvent que décider de disparaître de l’écran, au point où l’on est ».
Ceci est l’un des points essentiels de la lettre par laquelle Maria Luisa Busi a annoncé son intention d’abandonner la direction du JT de RAI 1. Cette lettre […] est adressée au directeur Augusto Minzolini et au Cdr et, pour connaissance, au directeur général de la RAI, Mauro Masi, au président de l’entreprise RAI, Paolo Garimberti, et au responsable des Ressources Humaines, Luciano Flussi. En voici le texte intégral.
« Cher directeur, je demande à être relevée de ma charge de présentatrice du JT de 20 H, étant donné que la situation ne me permet pas d’assurer cette tâche sans compromettre mes convictions professionnelles. Pour moi, c’est un choix difficile mais obligé. J’estime que la ligne éditoriale que tu as voulu donner au JT est une sorte de détournement, et à cause de ce dernier le JT de RAI 1 risque de s’écraser contre une perte de crédibilité définitive de la part des téléspectateurs ».
« Comme l’a dit le président de la Commission de vigilance RAI, Sergio Zavoli : « Renonçant à sa structure traditionnelle, le plus grand JT italien a vu une transformation de son identité, aussi bien que d’une partie de son publique traditionnel ».

« J’aime ce JT, j’y travaille depuis 21 ans. Parce que c’est un grand JT. Il a été le JT de Vespa, Frajese, Longhi, Morrione, Fava, Giuntella. Le JT des différences culturelles, des différences d’idées. Il les contenait toutes, c’était là sa richesse. C’était leur JT, notre JT. Celui des collègues que tu as soulevés de leurs charges, aussi que de bien d’autres qui ont été mis à l’écart, ici. Ceci est le JT qui a toujours parlé au Pays entier. Le JT des italiens. Le JT qui a donné la parole à toutes les voix. Il n’a jamais été le JT d’une seule voix. Aujourd’hui, les informations du JT de RAI 1 sont des informations partielles et partiales. Où est le Pays réel ? Où sont les femmes de la vie réelle ? Celles qui attendent des mois pour avoir une mammographie, si elles ne peuvent pas la payer de leurs poches ? Celles aux salaires les pires d’Europe, celles qui rament tous les jours pour faire aller, puisque dans les crèches il n’y a pas assez de place pour tous nos enfants ? Elles sont obligées à faire des prises de sang et à mourir pour avoir l’honneur d’un de nos titres. Où sont d’ailleurs les femmes et les hommes qui ont perdu leur travail ? Un million de personnes, derrière lesquelles il y a des familles. Où sont les jeunes, ceux qui se retrouvent pour la première fois à avoir un futur plus mauvais que celui de leurs pères ? Et les quarantenaires encore précaires, pour 800 euros par mois, qui ne peuvent même pas s’acheter un canapé, figurez-vous s’ils peuvent mettre au monde un enfant ? Où sont les travailleurs de l’Alitalia au chômage technique ? Où sont-ils passés ? Et les centaines d’entreprises qui ferment et les entrepreneurs du nord-est de l’Italie, qui se tuent parce qu’ils ont fait faillite ? Où est-elle, cette Italie que nous avons le devoir de raconter ? Cette Italie existe. Mais le JT de RAI 1 l’a effacée. Moi aussi, j’achète du papier de toilette pour ma fille qui est en CP dans une école publique. Mais le soir, au JT de 20 h, nous ne montrons que les ministres Gelmini et Brunetta en train de présenter leur nouveau, grand projet pour la numérisation de l’école, y compris les tableux interactifs ».

« Cette Italie en train de vivre une crise sociale dramatique a été jetée aux oubliettes par notre indifférence. Écrasée entre une information partiale – un éditorial sur la justice, un autre contre les repentis de la mafia, un autre encore sur l’enquête de Trani où tu as affirmé de ne pas être enquêté, démenti par les faits le jour après – et l’infotainment quotidien : combien de fois par jour il convient de laver ses mains, la chasse au crocodile du lac, les culottes anti-vol. Un choix éditorial avec lequel on est en train d’enrichir les scénarios des programmes de satire et d’appauvrir notre réputation de premier JT du service publique de l’entreprise culturelle la plus importante du Pays. Outre les citoyens, maints bons collègues en font les frais qui pourraient se consacrer avec beaucoup plus de satisfaction à bien d’autres enquêtes au profil plus haut et d’intérêt général ».

« Un journaliste n’a qu’un seul moyen pour défendre ses convictions professionnelles : enlever sa signature à un article. Un présentateur, une présentatrice, ne peuvent que disparaître de l’écran, au point où l’on est. A cause de la confiance des téléspectateurs, en effet, c’est au présentateur qu’on relie l’info. C’est d’abord lui qui a le rôle de garant de ce rapport de confiance avec les téléspectateurs ».

« Les faits de l’Aquila en ont été la preuve. Lorsque des centaines de personnes ont chahuté contre l’équipe que je conduisais, en criant « quelle honte » et « Scodinzolini* « , j’ai compris que ce rapport de confiance, qui nous a toujours liés à notre publique, était compromis pour de bon. C’est ce qui arrive lorsque l’on privilégie la communication au lieu de l’information, la propagande à la vérification ».

« Je me suis fait un devoir de construire ma vie et ma profession sur l’honnêteté et sur la loyauté. Être en désaccord n’est pas trahir. Je ne me souviens pas de celui qui l’a dit récemment. Par conséquent :

1) Je refuse l’accusation d’avoir eu un comportement peu correct. Les critiques que j’ai fait en public – je souhaite rappeler à ce propos qu’il s’agit d’un de mes droits, outre que d’un devoir, car je suis conseillère de la FNSI [Fédération nationale de la presse italienne, ndt] – ces critiques je les avais déjà exposées au cours des réunions de sommaire et à toi personnellement. J’avais fait cela dans une perspective de collaboration réelle, considérant que dans un travail comme le nôtre le mouvement des idées et la pluralité d’opinions constitue en enrichissement. C’est pourquoi j’ai continué à conduire le JT ces mois-ci. Mais c’est clair qu’il n’y a absolument plus d’espace pour une échange démocratique des idées, au JT de RAI 1. Ce sont les temps de la pensée unique. Celui qui n’est pas d’accord se retrouve dehors, tôt ou tard.

2) Je refuse l’accusation qu’on m’a faite, à savoir celle de cracher dans ma soupe. Je rappelle que la soupe n’est que celle d’un simple envoyé ne demandant que les bons ingrédients dans son assiette. Tous, et de façon honnête. Et je tiens à préciser que j’ai toujours refusé les paiements en dehors de la RAI, des paiements généreusement offerts par les grandes entreprises aux personnes connues, pour qu’elles présentent les rencontres des entreprises ; car je pense qu’un journaliste du service publique ne doit pas tirer profit de son rôle.

3) Je refuse, en tant qu’offensives, les affirmations contenues dans ta lettre après l’interview que j’ai donnée à Repubblica, lettre où tu as demandé à l’entreprise RAI d’adopter des sanctions disciplinaires à mon égard : tu m’as accusée « de nuire au JT où je travaille » avec mes affirmations concernant l’audience. Une fois rendues publiques, ces données ont confirmé mes affirmations. Je trouve par ailleurs ta considération suivante paradoxale : « le JT de RAI 1 rendra compte des positions des minorités mais il ne changera pas les faits pour rendre hommage à des campagnes idéologiques ». Je puis te dire que la seule campagne à laquelle je me consacre c’est celle où je passe mes week-ends avec ma famille. J’espère que tu pourras en dire de même. En revanche, j’ai remarqué que tu n’as prononcé un seul mot contre la compagne de diffamation violente que les quotidiens Il Giornale et Libero et l’hebdomadaire Panorama […] ont lancé contre moi à la suite de mes critiques à ta ligne éditoriale. Une attaque à retardement : discréditer tout de suite ceux qui sont en désaccord pour affaiblir la valeur de leur affirmations. J’ai été définie comme « nana bavarde« , « chroniqueuse sans chronique », « éditorialiste sans éditoriaux » et ainsi de suite. Ce n’est pas ce que le Président Ciampi m’a dit en me donnant le Prix Saint Vincent pour le journalisme au Quirinal. A de telles lâchetées répondra mon avocat. Mais sache que ce n’est certainement pour cela que je quitte la direction des 20 h. Dans Les anciens maîtres, Thomas Bernhard écrit des dizaines de fois un mot que j’aime beaucoup : respect. Ce n’est pas d’admiration que l’on vit, dit-il, c’est du respect que l’on a besoin ».

« Cher directeur, je crois qu’il faut plus de respect. Pour les infos, pour le publique, pour la vérité. Ce que je ressens pour l’histoire du JT de RAI 1, pour mon entreprise, m’amène à cette décision. Le respect pour les téléspectateurs, nos seuls référents. Nous devrions nous en souvenir toujours. Toi aussi, tu aurais le devoir de le faire ».

* « Scodinzolini« : du verbe italien scodinzolare (remuer la queue). C’est un surnom que le publique a attribué à Minzolini, en tirant profit de l’assonance, en raison de ce qu’on appelle son « homologation » aux directives berlusconiennes.

Repubblica, 21 mai 2010. Traduit par Extraduzione.